Guebwiller ou la magie de la terre cuite

Deck Théodore
L’enfant de Guebwiller devenu un prodige des arts plastiques
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En écho à l’œuvre phénoménale d’Auguste Bartholdi, enfant de Colmar, vient l’œuvre protéiforme d’un autre Alsacien, le génial céramiste Théodore Deck. A Guebwiller, sa ville natale, un musée qui porte son nom retrace l’itinéraire de ce prodige des arts plastiques.

« Eripuit Coelo Lumen ». Une inscription latine gravée sur la tombe de l’artiste, dessinée par son ami Auguste Bartholdi, révèle au passant qu’il « arracha le feu du ciel ». Ici, au cimetière parisien de Montparnasse, repose un Prométhée des temps modernes. Auteur d’une production spectaculaire, il sut marquer son époque pour avoir embrassé une multitude de techniques issues de l’art ancien de la terre cuite et les avoir employées en fabuleuses créations.

Retour à Guebwiller. Une ancienne bâtisse, ayant appartenu aux chanoines de Murbach, demeure encore peu connue du grand public. Qui aurait tout à gagner à y découvrir l’œuvre de celui qui a rénové l’art de la céramique au 19e siècle. Rebaptisée « Musée Théodore Deck et des Pays du Florival », elle devient réceptacle des techniques les plus raffinées, célébrées aussi bien dans des pays d’Europe que des contrées lointaines et exotiques comme la Chine, le Japon, l’Anatolie ou la Perse.

Renommée pour son industrie textile, l’Alsace est réputée également pour la tradition de la poterie avec comme capitales les deux villages du nord que sont Betschdorf et Soufflenheim. Un vieil héritage qui plonge ses racines dans les temps les plus reculés de la culture artistique de l’humanité.

Le sacre du céramiste

deck-vaseEn effet, la technique de la céramique, tout premier art du feu, est antérieure à la métallurgie et à l’art du verre. Ses champs d’application, au fil des âges, deviendront multiples pour donner les carreaux de faïence ou de grès, les tuiles ou briques émaillées, fonctionnels ou décoratifs.

C’est à Guebwiller que naquit en 1823 Théodore Deck, le fils d’un teinturier sur soie. L’amour des couleurs est inscrit dans les gênes de la famille. Le jeune Théodore entame son apprentissage chez un fameux poêlier, Hugelin de Strasbourg. Puis c’est l’aventure du compagnonnage où l’apprenti parcourt la moitié de l’Europe pour perfectionner son art. Parvenu à Paris, il se met à son propre compte et fonde avec son frère Xavier un « Atelier de Faïences d’Art ». Sa réputation ne cesse de grandir au point qu’en 1873, à l’Exposition universelle de Vienne, il est sacré maître incontesté de la céramique.

Son atelier, qualifié de « temple de la couleur », réunit une pléiade de collaborateurs, peintres et sculpteurs, dont les Alsaciens François Ehrmann, Ernest Carrière, Eugène Gluck, Emmanuel et Jean Benner, Charles Kreutzberger. Chaque artiste enrichit les productions de l’atelier selon son goût avant qu’une cuisson définitive donne naissance à des chefs-d’œuvre d’inspiration souvent éclectique.


En mode bleu, rouge et céladon

ceramique-deckChercheur et expérimentateur opiniâtre, Théodore Deck perce plus d’un secret de fabrication jalousement préservé dans les ateliers des céramistes asiatiques et orientaux. Nous sommes, au milieu du 19e siècle en pleine période de découverte d’un art « exotique » révélé notamment par l’ouverture au commerce occidental de l’empire du Soleil-Levant. Sur le parcours, entre Europe et Extrême-Orient, c’est tout un patrimoine artistique extraordinaire que l’infatigable Guebwillerois ne demande qu’à sonder et à mettre au jour.

L’homme sait absolument tout faire en matière de dessin ou de cuisson. Ainsi, à partir du tesson bleu turquoise d’une céramique persane, il en retrouve la composition et parvient à reproduire le fameux bleu aux vibrations insolites et fascinantes désormais rattaché à son nom : le « bleu Deck ». Il découvre également le secret de l’émail « sang de bœuf » des Chinois, celui du vert céladon apparenté à la pierre sacrée qu’est le jade ou bien les fonds or des mosaïques vénitiennes.

Contact

03 89 74 22 89

Focus

Salle de bain et véranda

ceramique-theodore-deck De la palette issue des expérimentations de Théodore Deck et de leur assemblage en séries d’une richesse et d’une sensibilité envoûtantes naîtra une collection unique au monde exposée dans le musée de Guebwiller.
On ne manquera pas la salle de bain réalisée pour la villa Schlumberger ni la véranda commandée pour la villa de Bary, œuvres architecturales où les paysages de faïence plongent le visiteur dans un exubérant paradis végétal et lacustre habité par des oiseaux bigarrés, des reptiles et des insectes sur fond de japonisme où se serait reconnu le sublime Hokusai.

Un rendez-vous hivernal nécessaire et vital dans l’intimité des merveilles produites par le génial disciple des maîtres poêliers alsaciens.