Les vies multiples du sapin de Noël

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Après bien des métamorphoses, le sapin de Noël se retrouve dédié, pour l’essentiel… aux enfants. © CRT Alsace
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L’histoire de l’arbre toujours vert, roi de la forêt, est d’une grande complexité. Le sapin, avant d’être promu arbre sacré et porte-drapeau de la ferveur chrétienne, a connu un cheminement tortueux. Voici quelques éclairages pour en démêler l’écheveau. Scintillant.

Au début, il y avait les Celtes et les Romains, peuplades de croyance païenne. Les premiers suivaient un calendrier lunaire où chaque mois était associé à un arbre. L’épicéa, « arbre de l’enfantement », fut associé par eux au 24 décembre. Il était alors décoré de fruits, de fleurs et de blés pour marquer l’avènement du solstice d’hiver, quand les jours cessent de se réduire et entament un cycle croissant. Les Romains, eux, à la même période, décoraient leurs maisons de branches vertes en l’honneur du dieu Janus doté d’un double visage, une face tournée vers le passé, l’autre vers le futur. Une symbolique bien parlante pour évoquer le temps ancien dont on s’éloigne et le temps à venir que l’on accueille avec bonheur.
La concurrence religieuse bat alors son plein et la chrétienté médiévale cherche à s’imposer. C’est la guerre des symboles et des représentations. Les chrétiens développent alors leur propre stratégie marketing pour supplanter les coutumes antiques en installant des sapins dans leurs églises.

Le Soleil vaincu par le Christ

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©CRT Alsace

Le conifère a la faveur des agents du culte car il assure la transition entre la saison froide et le printemps. Il s’agit ensuite de fondre, dans un même calendrier, la naissance du Christ et la renaissance de la nature. En réalité, la chrétienté s’appuie sur une fête païenne bien antérieure à la Nativité, de manière à faire coïncider les deux événements.
Les mots parlent d’eux-mêmes : « Noël » dérive du latin « Natalis », contraction de « Natalis dies » ou « jour de la naissance » pour nommer un moment précis de l’année, le solstice d’hiver. La fête païenne rend ainsi un culte à la venue de « Sol invictus », le « Soleil invaincu ».

Exit donc le soleil, c’est le Christ qui prendra la place. Ainsi, en l’an 354, l’Eglise célébrera la naissance du Christ le 25 décembre en lieu et place de la fête païenne, le sapin étant désormais intégré à la panoplie qui jusqu’alors se limitait à une messe de la Nativité. Fin de démonstration.


Bien fait pour sa pomme

Avec le conifère sacré, une nouvelle mise en scène prend place dans le rite chrétien. Le sapin accompagne les jeux de la Passion appelés aussi les mystères. Il est alors décoré de pommes rouges, fruits rappelant l’arbre du Paradis. Mais d’hosties également, appelées « oublies ». A la fin du 16e siècle, c’est saint Nicolas qui est dépouillé à son tour. En effet, le rite des cadeaux est transféré de la fête de ce dernier, le 6 décembre, au 24 décembre, veille de Noël. Au 18e siècle, les pommes cèdent la place aux fameuses boules de Noël et les friandises envahissent le terrain. On oublie les « oublies » et on accroche des bredle, gaufres et pains d’épices. Les enfants ont toujours le dernier mot.


La phrase qui a marqué l’histoire.

« IIII Schilling dem Förster, die meyen an sanct thomas tag zu hieten ». La découverte de ces quelques mots dans un livre de comptes issu des archives de la ville de Sélestat a bouleversé l’histoire du sapin de Noël. Il y est dit que «la somme de quatre schillings sera payée au garde forestier pour surveiller les « mais » le jour de la saint-Thomas. La mention concerne les comptes de la ville en 1521. Le terme « meyen », traduit par le mot français « mais », est issu de l’alémanique ancien et désigne l’arbre festif que l’on décore à l’occasion des fêtes de Noël. Il s’agit de la toute première mention de l’arbre de Noël. Et c’est alsacien.
Kikeriki ! (« Cocorico » dans la langue du pays). Sélestat s’enorgueillit, depuis cette découverte mémorable, de détenir cette relique dans sa Bibliothèque Humaniste. Un fac-similé est cependant exposé régulièrement aux regards des visiteurs afin que la preuve de cette grande première soit soumise à tout un chacun.


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Focus

La promo par les people

Quelques personnages célèbres, irrigués de sang bleu ou fameux par leur stature intellectuelle, ont contribué au cours de l’histoire au rayonnement du sapin de Noël.

- Marie Leszczynska, épouse de Louis XV, installe pour la première fois un sapin de Noël dans le château de Versailles.
- En 1840, la princesse Hélène de Mecklembourg, duchesse d’Orléans, d’origine allemande, introduit à Paris l’arbre de Noël qui aura plus tard les faveurs de l’impératrice Eugénie.
- Côté masculin, c’est Gœthe, le plus fameux des poètes allemands, qui témoigne, à Leipzig, de son ravissement en découvrant un sapin de Noël chez un ami.
- Outre-Manche, le prince Albert, époux de la reine Victoria, mettra à l’honneur l’arbre emblématique auprès de la bourgeoisie et de l’aristocratie britanniques. « God save the Tree »