Un Noël givré en mots et en musique

© G. Untereiner
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L’alsacien tient toujours la route bien que cette langue à part entière fut longtemps ballottée entre le français et l’allemand au cours d’une histoire mouvementée. Chanteurs, poètes et musiciens la font vivre avec force et talent.

Ringele ! ringele ! hop’sasa !*
La région Alsace est d’une étonnante richesse en cantiques, contes et chansons de Noël. Jean-Pierre Albrecht fait partie des magiciens du verbe dotés d’un vocabulaire riche et varié. Il est l’auteur en particulier d’un CD intitulé « Un Noël en Alsace (E Wyhnachte im Elsass) faisant la part belle aux chansons de l’Avent et destiné à toute la famille. Voici un court extrait de la chanson intitulé « J’ai planté un sapin » (Ich hab e Dannebaam gepflanzt) où il est question d’un petit sapin solitaire que le chanteur ramène chez lui du fin fond de la forêt afin que le petit prince toujours vert passe les fêtes en sa compagnie :

Un jour pour la Noël / J’ai planté un sapin /

Il trône dans mon jardin / On danse tout autour/

Les enfants chaque hiver ! / On danse tout autour !

Le « sapin » de la chanson (Dannebaam) résulte de la fusion de deux vocables, « Danne » (sapin) et « Baam », arbre. En réalité, et dans la pratique, cet arbre-là ne saurait désigner un autre sapin que celui de Noël. Inutile d’en dire plus, l’Alsacien est au parfum.

Quand au vers « ‘swurd drum erum gedantzt » (On danse tout autour), c’est une tournure employée pour les rondes enfantines. D’une manière générale, par cette formulation on est invité à la convivialité et au partage. L’hiver est bien là, alors, comme dirait un célèbre poète connu chez les écoliers, « dansez maintenant » !

(* Peut se traduire « tralala lalère » pour marquer l’entrain et la jovialité en temps de fête)


Focus

Lady Glagla

La saison froide, en Alsace, est une période faste que les enfants appellent de tous leurs vœux. Des poètes l’ont chantée avec des mots subtils et des métaphores qui vous transportent. André Weckmann est un de ceux-là qui raconte la venue du bonhomme hiver par un ravissant poème où l’on apprend à quel point « il fait froid dehors, très froid » (‘sisch kalt drusse, isskalt). Le vocable « isskalt » ne manque pas de rappeler une homophonie avec la langue de Shakespeare : « ice cold » ! Keep cool…
On découvre aussi que les doigts ou les joues sont « bleus de froid », de ce bleu que l’on prête au fameux tissu alsacien qu’est le kelsch, d’où le mot « kelschebloï ».
Le givre et la glace, à leur tour, font des « tresses d’argent » (Siverschmier) tandis que « les glaçons pendent aux gouttières », une formation qui donne le vocable « isszapfe ». Brrrr… Le froid on adore !