Saviez vous que ? Le fabuleux bestiaire de Thann…

© R.A.N.
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C’est dans la collégiale de la cité haut-rhinoise qu’un univers extravagant se déploie dans le chœur de l’édifice. Ici se tient un univers foisonnant et baroque de créatures chimériques nées de l’imagination d’artistes délurés.

C’est Gérard Helmer, doyen de la paroisse de Thann, qui nous l’apprend : « Au Moyen Age, les gargouilles et les stalles des églises étaient les lieux où artistes et artisans s’en donnaient à cœur joie. Pas de consigne de la part des supérieurs ecclésiastiques, pas de message prophétique. On laissait la bride sur le cou du sculpteur, qui donnait libre cours à son inspiration ». Carte blanche donc au virtuose du maillet, des limes et des ciseaux qui se lâchait pour projeter ses rêves sur support de bois ou de pierre.

La collégiale Saint-Thiébaut de Thann est réputée pour la richesse des décorations (150 scènes) de son portail. Ce qu’on connaît moins, ce sont les 169 personnages sculptés qui accompagnent les stalles de l’église. Les stalles sont les sièges de bois situés des deux côtés du chœur et qui comportent sous leur abattant des avancées, les « miséricordes », permettant aux chanoines ou aux moines de s’appuyer ou de s’asseoir durant les offices.

C’est là où la verve des artistes trouve à s’exprimer. Nous avons pu observer de près tout ce petit peuple de l’ombre, là où le public n’a pas accès. Et les impressions qu’on en retire sont saisissantes : diablotins, créatures hybrides, vampires, quadrupèdes aux contours indéfinis, croisement de femme en chair et de poisson, homme à tête de renard… Il y a même là un singe suspendu qui montre son arrière-train à la salle. D’où les commentaires plus ou moins vérifiés qui ont cours parmi les visiteurs : au Moyen Age, une religieuse venait couvrir, dit-on, le postérieur de l’animal lors de la liturgie eucharistique car la scène faisait mauvais genre ! Plaisir des yeux et top délire, un trésor du patrimoine alsacien à découvrir lors de votre futur voyage à la porte sud de la Route des Vins d’Alsace.


Focus

L’énigme des binocles

© R.A.N. Mais que fait donc ce personnage insolite, portant une grosse paire de lunettes, perché sur une des stalles de la collégiale ? Les spéculations vont bon train à son sujet. Ce serait un moine de l’époque médiévale, preuve qu’en ce temps-là on portait déjà des binocles…

Ne cogitez plus ! La personne en question est le chanoine Eugène Muller (1861-1948), érudit et homme politique qui pesa de tout son poids pour la réfection complète des stalles de l’église, en état de décomposition avancée.

Dans la foulée, il s’est ajouté à la galerie. Elémentaire, my dear Watson. Et puis… il le vaut bien.